En février 2026, OpinionWay a publié la quatrième vague de son baromètre sur les femmes et la création d’entreprise, réalisé pour France Active et la Fédération bancaire française. Cette étude, menée auprès d’un échantillon représentatif de 1 061 personnes, révèle des motivations fortes, des freins persistants et des inégalités structurelles qui continuent de peser sur l’entrepreneuriat féminin en France. Alors que 50 % des Françaises estiment qu’il est plus motivant de créer sa propre entreprise que d’être salariée, seulement 24 % des femmes déclarent avoir l’intention de se lancer, contre 27 % des hommes. Pourquoi un tel écart ? Quels leviers pourraient favoriser l’essor de l’entrepreneuriat féminin ? Voici les enseignements clés de cette étude.
Les motivations des femmes pour entreprendre : sens, flexibilité et indépendance
a. Donner du sens et concrétiser un projet personnel
Pour 56 % des Français, donner plus de sens à sa vie professionnelle est la première motivation pour une femme de créer une entreprise (+11 points depuis 2024). Concrétiser une idée personnelle arrive en deuxième position (52 %), devant la création de son propre emploi (42 %). La flexibilité et la liberté dans l’organisation du travail (47 %) sont également des facteurs clés, surtout pour les femmes, qui y voient un moyen de mieux concilier vie professionnelle et personnelle.
Top 5 des motivations pour les femmes :
- Donner plus de sens à sa vie professionnelle (56 %)
- Concrétiser une idée personnelle (52 %)
- Gagner en flexibilité et liberté (47 %)
- Créer son propre emploi (42 %)
- Apporter une réponse à un besoin social/environnemental (23 %)
À noter : Les femmes sont plus sensibles que les hommes à la dimension sociale et environnementale de leur projet (23 % contre 20 %).
b. Un entrepreneuriat perçu comme plus motivant que le salariat
50 % des femmes (et 56 % des hommes) estiment qu’il est plus motivant de créer sa propre entreprise que d’être salariée. Ce chiffre monte à 56 % chez les femmes de plus de 65 ans, suggérant que l’expérience ou la fin de carrière peut renforcer l’attrait pour l’indépendance professionnelle. Seules 49 % des femmes préfèrent le salariat, contre 42 % des hommesdext.com.
Pourtant, l’intention de se lancer reste faible : seulement 24 % des femmes envisagent de créer une entreprise (contre 27 % des hommes), avec une forte disparité selon l’âge :
- 46 % des femmes de moins de 35 ans y pensent,
- seulement 8 % des 50-64 ans et 2 % des 65 ans et plus.
Les freins majeurs : financement, charge mentale et peur de l’échec
a. Le financement, premier obstacle
32 % des femmes citent le manque de capital de départ comme principal frein, suivi de près par la complexité des démarches (29 %) et les difficultés à trouver un financement (27 %). La peur d’échouer (26 %) et le manque de confiance en soi (20 %) complètent le top 5 des obstacles.
Comparaison femmes/hommes :
| Frein | Femmes | Hommes |
|---|---|---|
| Manque de capital de départ | 32 % | 30 % |
| Démarches trop complexes | 29 % | 29 % |
| Difficulté à trouver un financement | 27 % | 28 % |
| Peur d’échouer | 26 % | 21 % |
| Manque de confiance (« je n’ose pas ») | 20 % | 17 % |
Les femmes entrepreneuses potentielles (celles qui ont envie de se lancer) sont encore plus concernées :
- 36 % citent la gestion du foyer comme un frein (contre 15 % pour celles qui n’ont pas envie d’entreprendre).
- 25 % craignent l’incompatibilité avec la vie familiale.
b. La charge mentale et les inégalités domestiques
15 % des femmes (contre 12 % des hommes) estiment que la gestion du foyer (tâches domestiques, administratives, logistique) est un frein majeur. 17 % des femmes (contre 12 % des hommes) redoutent que l’entrepreneuriat ne soit incompatible avec leur vie de famille.
Ces contraintes pèsent davantage sur les femmes que sur les hommes :
- 43 % des femmes pensent qu’une meilleure répartition des tâches domestiques serait un levier clé pour favoriser l’entrepreneuriat féminin.
- 49 % souhaitent des dispositifs pour concilier entrepreneuriat et vie familiale (congés entrepreneuriaux, soutien aux parents).
c. Des inégalités persistantes dans l’accès au financement
64 % des Français (et 71 % des femmes) estiment qu’il est plus difficile pour une femme que pour un homme d’obtenir un financement. Les écarts sont particulièrement marqués sur :
- Le lever de fonds auprès d’investisseurs (53 % des femmes vs 37 % des hommes),
- L’obtention d’un prêt bancaire (42 % vs 32 %),
- La mobilisation d’un apport personnel (43 % vs 31 %).
Ces perceptions reflètent une réalité : les femmes entrepreneuses bénéficient moins facilement de réseaux d’investisseurs et de garanties financières, ce qui limite leur accès aux capitaux.
Les leviers pour favoriser l’entrepreneuriat féminin
a. Simplifier les démarches et réduire les obstacles réglementaires
54 % des femmes (et 52 % des hommes) plébiscitent une simplification des démarches administratives comme priorité absolue. Les jeunes (18-24 ans) et les CSP- y sont particulièrement sensibles.
b. Mieux concilier entrepreneuriat et vie familiale
49 % des femmes réclament des dispositifs dédiés (congés entrepreneuriaux, aides à la parentalité). 44 % soulignent la nécessité d’une meilleure répartition des tâches domestiques pour libérer du temps et de l’énergie.
c. Renforcer l’accompagnement et le mentorat
42 % des femmes souhaitent bénéficier de programmes d’accompagnement, de conseils et de mentorat. Les jeunes femmes (moins de 35 ans) et les CSP- sont les plus demandeuses.
d. Sensibiliser dès l’école et promouvoir des modèles inspirants
47 % des femmes estiment qu’il faut sensibiliser dès l’école pour déconstruire les stéréotypes de genre autour de l’entrepreneuriat. 40 % appellent à mettre en avant des modèles de femmes entrepreneures dans les médias et les réseaux professionnels.
Focus : les femmes qui osent se lancer
Parmi les 25 % de Français ayant l’intention de se lancer, les motivations diffèrent selon le genre :
- 45 % des femmes veulent donner plus de sens à leur vie professionnelle (vs 46 % des hommes),
- 41 % souhaitent concrétiser une idée personnelle (vs 43 %),
- 34 % espèrent gagner plus d’argent (vs 45 %).
Les femmes entrepreneuses potentielles sont plus sensibles aux enjeux sociaux et environnementaux (24 % vs 19 % des hommes) et à l’impact local de leur projet (22 % vs 18 %).
Elles sont aussi plus prudentes :
- 29 % veulent sortir d’une situation professionnelle précaire (vs 22 % des hommes),
- 23 % souhaitent travailler avec des proches pour se sécuriser.
Synthèse : 5 actions clés pour booster l’entrepreneuriat féminin
5 actions clés pour booster l’entrepreneuriat féminin
| Action | Impact attendu |
|---|---|
| Simplifier les démarches administratives | Réduire la complexité perçue et faciliter l’accès à l’entrepreneuriat. |
| Créer des dispositifs de conciliation vie pro/vie perso | Lever le frein de la charge mentale et familiale. |
| Renforcer l’accompagnement et le mentorat | Donner confiance et outiller les entrepreneuses. |
| Sensibiliser dès l’école et promouvoir des modèles féminins | Déconstruire les stéréotypes et inspirer les jeunes filles. |
| Faciliter l’accès au financement (prêts, fonds, subventions) | Réduire les inégalités structurelles et sécuriser les projets féminins. |
Conclusion : un potentiel immense, mais des défis à relever
Les femmes représentent un vivier immense pour l’entrepreneuriat en France : elles sont aussi motivées que les hommes par l’indépendance et le sens, mais se heurtent à des freins structurels (financement, charge mentale, manque de modèles). Les pouvoirs publics, les banques et les acteurs de l’accompagnement ont un rôle clé à jouer pour :
- Démocratiser l’accès aux financements,
- Alléger les contraintes administratives,
- Soutenir la conciliation vie pro/vie perso,
- Valoriser les réussites entrepreneurales féminines.
En agissant sur ces leviers, la France pourrait libérer un potentiel entrepreneurial féminin encore sous-exploité, au bénéfice de l’innovation, de l’emploi et de la croissance économique.
