Face à l’inflation, les ménages français adaptent leurs achats alimentaires

Les données de tickets de caisse analysées par l’Insee révèlent une transformation profonde des comportements d’achat alimentaire entre 2021 et 2022. Face à la hausse des prix, les consommateurs ont privilégié les produits les moins chers, les promotions et les paniers plus restreints, tout en augmentant la fréquence de leurs passages en magasin.

À retenir

  • +12 % : hausse moyenne des prix alimentaires entre 2021 et 2022.
  • -0,6 : élasticité moyenne de la demande — une hausse de 1 % du prix fait baisser les achats de 0,6 %.
  • +0,4 % : part accrue des produits en promotion pour 1 % de hausse des prix.
  • 68 % : part des ménages déclarant avoir modifié leurs achats alimentaires.

Des prix alimentaires en forte hausse

Entre décembre 2021 et décembre 2022, les prix des produits alimentaires ont augmenté de plus de 12 %, selon l’Insee. Cette inflation s’explique principalement par la hausse des coûts des matières premières et de l’énergie. Les produits laitiers et les œufs (+ 17,3 %), les pains et céréales (+ 13,7 %) ou encore le café, le thé et le cacao (+ 13,7 %) figurent parmi les plus touchés.
À l’inverse, certaines catégories résistent davantage, comme les boissons alcoolisées (+ 4,7 % pour les vins, + 5,9 % pour les alcools) et les fruits (+ 5,6 %).

Des stratégies d’adaptation multiples

Pour préserver leur budget, les consommateurs ont modifié leur façon de faire leurs courses :

  • Fractionnement des achats : le nombre de visites en magasin a augmenté, mais la taille des paniers a diminué. En moyenne, un ticket de caisse comportait 7 articles en 2021 contre 6 fin 2022.
  • Recherche de prix bas : la part des achats en promotion a progressé de 0,4 % lorsque les prix alimentaires augmentaient de 1 %. Dans les communes les plus modestes, cet effet est encore plus marqué (+ 0,9 %).
  • Substitution et descente en gamme : les consommateurs se tournent vers des produits plus accessibles au sein d’une même catégorie, ou vers des marques de distributeurs, dont les prix ont moins augmenté que ceux des grandes marques.

L’étude souligne également que les produits bénéficiant d’un label ou d’un Nutri-Score A ont mieux résisté à la baisse de la demande, suggérant une clientèle plus fidèle ou moins contrainte budgétairement.

Une demande plus sensible pour les produits non essentiels

L’Insee observe une élasticité-prix moyenne de -0,6, c’est-à-dire qu’une hausse de 1 % du prix d’un produit entraîne une baisse de 0,6 % des quantités achetées.
Les produits de première nécessité (pain, riz, pommes de terre, sucre) restent relativement stables, tandis que la demande recule davantage pour les produits stockables ou non essentiels :

  • -1,02 % pour le vin,
  • -0,84 % pour les autres alcools,
  • -0,80 % pour le poisson,
  • -0,71 % pour la viande.

Les ménages arbitrent donc en réduisant les achats de produits chers et substituables, sans pour autant renoncer aux produits de base.

L’influence du maillage commercial

L’accès à une offre commerciale diversifiée joue un rôle déterminant dans les comportements d’ajustement.
Dans les bassins de vie les mieux dotés en commerces alimentaires, la fragmentation des achats est plus marquée : les consommateurs y multiplient les passages en caisse (+ 0,6 % pour une hausse des prix de 1 %) et réduisent davantage la taille de leurs paniers.
La sensibilité au prix y est également plus forte (élasticité de -0,7 contre -0,4 dans les zones moins bien équipées), confirmant l’effet de la concurrence sur le comportement d’achat.

Une consommation sous contrainte durable

L’étude montre qu’à la fin de l’année 2022, 68 % des ménages déclaraient avoir modifié leurs habitudes alimentaires à cause de l’inflation. Ces ajustements, s’ils permettent de contenir les dépenses, pourraient néanmoins accentuer les inégalités d’accès à une alimentation de qualité.
En privilégiant les produits moins chers ou les conditionnements plus petits, les consommateurs risquent à terme de dégrader la qualité nutritionnelle de leur panier moyen.