Depuis 2020, les entreprises françaises subissent des perturbations croissantes de leurs chaînes d’approvisionnement, qu’elles soient d’origine environnementale, logistique ou géopolitique. La dépendance à des fournisseurs uniques s’est révélée être un facteur de vulnérabilité majeur. Face à ces défis, deux stratégies émergent pour sécuriser les approvisionnements : la constitution de stocks et la diversification des fournisseurs. Mais laquelle est la plus adaptée ? Une étude récente de l’Insee apporte des éléments de réponse, en analysant les pratiques des entreprises industrielles importatrices.
Les stratégies de sécurisation des chaînes d’approvisionnement
Constitution de stocks : un amortisseur contre les ruptures
La constitution de stocks permet aux entreprises de maintenir leur production en cas de rupture d’approvisionnement. Cependant, cette stratégie présente des limites, notamment en termes de coûts de stockage et de gestion des produits périssables. Par exemple, l’industrie pharmaceutique, avec un stock médian de 114 jours, illustre l’importance des stocks dans les secteurs critiques.
Diversification des fournisseurs : réduire les risques en amont
Diversifier ses sources d’approvisionnement permet de limiter les risques liés à un fournisseur ou un pays unique. L’industrie automobile, où la moitié des entreprises importent leurs intrants depuis plus de 2,3 pays, montre l’efficacité de cette approche. Cependant, cette stratégie implique des coûts fixes élevés, notamment pour la recherche et la négociation avec de nouveaux partenaires.
Disparités entre entreprises et secteurs

Niveaux de stocks : des écarts considérables
Les pratiques varient fortement d’une entreprise à l’autre : 10 % des entreprises disposent de plus de 153 jours de stocks, tandis que 10 % en ont moins de 6 jours. Les secteurs diffèrent également : l’agroalimentaire, avec des stocks médians de 37 jours, doit composer avec la périssabilité des produits.
Diversification des fournisseurs : une question de taille
Un quart des entreprises importent chaque produit depuis un seul pays, tandis que les 10 % les plus diversifiées s’approvisionnent auprès de plus de quatre pays. Les grandes entreprises privilégient la diversification, grâce à des économies d’échelle et une meilleure capacité à absorber les coûts fixes. À l’inverse, les petites entreprises optent souvent pour le stockage, plus accessible financièrement.
Identification des intrants vulnérables
Critères de vulnérabilité
Un intrant est considéré comme vulnérable s’il cumule trois caractéristiques :
- Concentration des fournisseurs : Importé depuis un petit nombre de pays.
- Potentiel de diversification limité : Offre mondiale concentrée.
- Faibles niveaux de stocks : Moins d’un mois de stocks en moyenne.
Exemples d’intrants à risque
Certains produits, comme les amino-alcools (indispensables à l’industrie pharmaceutique) ou le cobalt (essentiel pour les batteries), sont particulièrement exposés. Ces intrants, bien que représentant seulement 0,2 % de la valeur totale des importations, peuvent entraîner des coûts économiques et sanitaires élevés en cas de pénurie.
Recommandations pour les entreprises

Combiner les deux stratégies
Les entreprises doivent analyser leurs risques spécifiques et adapter leurs stratégies. Une combinaison de stocks et de diversification permet de mieux résister aux chocs et de maintenir la compétitivité.
Analyse des risques et flexibilité
Il est crucial d’identifier les intrants critiques et d’évaluer les options de stockage et de diversification. Les petites entreprises peuvent commencer par renforcer leurs stocks, tandis que les grandes structures ont tout intérêt à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Conclusion
La sécurisation des chaînes d’approvisionnement ne repose pas sur une solution unique, mais sur une combinaison judicieuse de stocks et de diversification. En adaptant leurs stratégies à leur taille et à leur secteur, les entreprises françaises peuvent minimiser les perturbations et renforcer leur résilience face aux aléas du commerce mondial.
