En octobre 2025, la zone euro affiche un excédent courant de 26 milliards d’euros, en légère hausse par rapport à septembre, mais un recul significatif sur 12 mois (313 milliards, soit 2,0 % du PIB, contre 419 milliards un an plus tôt). Ce ralentissement reflète des déséquilibres persistants : baisse des excédents commerciaux, dégradation du revenu primaire, et pression sur les services. Une analyse détaillée des données de la Banque centrale européenne (BCE) révèle les forces et faiblesses de l’économie européenne, ainsi que les opportunités et risques pour les entreprises, en particulier les TPE et PME.
Un excédent courant en repli : quels enseignements ?
A. La structure du compte courant : biens et services en tête, mais fragilités sur les revenus
Solde du compte courant de la zone euro (octobre 2025)
| Poste | Solde (milliards €) | Évolution sur 12 mois | % du PIB (2025) |
|---|---|---|---|
| Biens | +31 | +10 (vs 2024) | 2,4 % |
| Services | +13 | -23 (vs 2024) | 1,0 % |
| Revenu primaire | -3 | -71 (vs 2024) | -0,1 % |
| Revenu secondaire | -16 | -22 (vs 2024) | -1,2 % |
| Total | +26 | -106 (vs 2024) | 2,0 % |
Analyse :
- Les biens (exportations industrielles, aéronautique, luxe) restent le pilier de l’excédent, avec une stabilité à 370 milliards sur 12 mois (2,4 % du PIB). L’Allemagne et la France tirent leur épingle du jeu, grâce à des secteurs comme l’automobile et l’aéronautique.
- Les services (tourisme, transport, services financiers) voient leur excédent se réduire (152 milliards sur 12 mois, contre 175 en 2024), en raison d’une demande internationale moins dynamique et d’une concurrence accrue (notamment asiatique).
- Le revenu primaire (dividendes, intérêts) bascule en déficit (-21 milliards), contre un excédent de 50 milliards en 2024. Cela reflète :
- Une baisse des revenus des investissements européens à l’étranger (notamment en Chine et aux États-Unis).
- Une hausse des coûts des dividendes versés aux investisseurs non-résidents.
- Le revenu secondaire (transfers publics, aides au développement) creuse son déficit (-188 milliards), en raison des dépenses liées à la transition énergétique et aux crises migratoires.
→ Conséquence pour les TPE/PME :
- Les entreprises exportatrices (industrie, luxe, agroalimentaire) bénéficient d’un environnement encore porteur, mais doivent anticiper une concurrence accrue et des marges compressées par la hausse des coûts énergétiques.
- Les secteurs dépendants des services (tourisme, conseil) pourraient subir une pression sur leurs tarifs, avec une demande moins soutenue.
B. Graphique clé : une tendance à la baisse depuis 2021

Source : BCE, décembre 2025.
Points saillants :
- 2021-2022 : Pic historique grâce à la reprise post-Covid et à la hausse des prix de l’énergie.
- 2023-2025 : Érosion progressive, due à :
- La normalisation des prix de l’énergie.
- La baisse des excédents commerciaux (ralentissement chinois, concurrence américaine).
- La hausse des coûts des importations (matières premières, composants électroniques).
Le compte financier : une attractivité en demi-teinte
A. Investissements directs : un rebond après le désengagement de 2024
Investissements directs (12 mois jusqu’en octobre 2025)
| Poste | 2024 (milliards €) | 2025 (milliards €) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Investissements directs (actifs) | -118 | +162 | +280 |
| Investissements directs (passifs) | -370 | +74 | +444 |
Analyse :
- Les entreprises européennes réinvestissent à l’étranger (+162 milliards), après un désengagement massif en 2024 (-118 milliards). Secteurs cibles : énergie renouvelable, technologies vertes, et relocalisations partielles (ex. : batteries, semi-conducteurs).
- Les investisseurs non-européens reviennent en zone euro (+74 milliards), après un retrait de 370 milliards en 2024. Motifs :
- Attractivité des actifs européens (immobilier, infrastructures énergétiques).
- Stabilité relative face aux tensions géopolitiques (guerre en Ukraine, risques Chine-Taïwan).
→ Opportunités pour les TPE/PME :
- Partenariats avec des investisseurs étrangers pour financer des projets de transition écologique.
- Accès à des fonds européens (Plan de relance, Horizon Europe) pour innover.
B. Portefeuille et marchés financiers : une volatilité persistante
- Achats nets de titres étrangers par les Européens :
- Actions : 160 milliards (vs 218 en 2024).
- Obligations : 669 milliards (vs 477 en 2024).
- Achats nets de titres européens par les non-résidents :
- Actions : 431 milliards (vs 388 en 2024).
- Obligations : 348 milliards (vs 417 en 2024).
Interprétation :
- Les investisseurs européens diversifient leurs portefeuilles vers des obligations étrangères (notamment américaines et asiatiques), en quête de rendements plus élevés.
- Les obligations européennes restent attractives pour les non-résidents, malgré la hausse des taux de la BCE.
→ Risque :
- Dépendance accrue aux capitaux étrangers, ce qui expose la zone euro à des mouvements de marché brutaux en cas de crise.
Réserves de change : l’or comme valeur refuge
A. Une hausse marquée des avoirs en or
Évolution des réserves de la zone euro (octobre 2025)
| Poste | Septembre 2025 | Octobre 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Or | 1 124,6 | 1 207,1 | +82,5 |
| Droits de tirage spéciaux (DTS) | 176,6 | 177,9 | +1,3 |
| Réserves totales | 1 622,2 | 1 709,8 | +87,6 |
Analyse :
- L’or représente 70 % des réserves supplémentaires, reflétant une stratégie de couverture contre l’inflation et les risques géopolitiques.
- Les DTS (monnaie du FMI) progressent légèrement, signe d’une confiance limitée dans les actifs dollarisés.
→ Implication pour les entreprises :
- Renforcement de la stabilité du euro, mais coûts d’importation potentiellement plus élevés si le dollar se renforce.
Perspectives 2026 : entre risques et relais de croissance
A. Scénarios pour le compte courant
| Scénario | Probabilité | Impact sur les TPE/PME |
|---|---|---|
| Rebond des exportations (demande asiatique, relance américaine) | 40 % | Opportunités pour les secteurs industriels et technologiques. |
| Stagnation (ralentissement chinois, tensions commerciales) | 50 % | Pression sur les marges, besoin de diversification. |
| Crise géopolitique (escalade Ukraine, tensions Chine-Taïwan) | 10 % | Risque de rupture des chaînes d’approvisionnement. |
B. Recommandations stratégiques pour les TPE/PME
- Diversifier les marchés à l’export :
- Cibler l’Asie du Sud-Est (Vietnam, Inde) et l’Amérique latine (Mexique, Brésil).
- Utiliser les accords commerciaux UE (ex. : Mercosur, partenariat avec le Japon).
- Sécuriser les approvisionnements :
- Relocaliser partiellement la production des composants critiques.
- Négocier des contrats longs avec les fournisseurs pour limiter la volatilité des prix.
- Optimiser la trésorerie :
- Anticiper les retards de paiement (assurance-crédit, affacturage).
- Profiter des taux BCE pour refinancer la dette à moyen terme.
- Investir dans la transition écologique :
- Accéder aux subventions (Fonds européen pour la transition juste, aides nationales).
- Développer des offres « vertes » pour répondre à la demande des consommateurs et des donneurs d’ordre.
Conclusion : une zone euro résiliente, mais sous pression
La balance des paiements de la zone euro en 2025 révèle une économie encore excédentaire, mais fragilisée par :
- Un excédent commercial qui se réduit (concurrence, coûts énergétiques).
- Une dépendance accrue aux capitaux étrangers (investissements de portefeuille).
- Des risques géopolitiques persistants (guerre en Ukraine, tensions commerciales).
Pour les TPE/PME, les prochains mois seront décisifs :

- S’adapter à une demande plus volatile en diversifiant les marchés.
- Sécuriser les financements via des partenariats et des outils de trésorerie adaptés.
- Innover pour rester compétitif, notamment dans la transition écologique.
→ À suivre :
- Prochaine publication BCE : balance des paiements trimestrielle (13 janvier 2026).
- Évolutions des taux d’intérêt et leur impact sur le coût du crédit.
Infographie : Les défis de la balance des paiements pour les PME européennes
